Relégué pour raisons financières puis repêché in extremis cet été, Pau-Orthez reprend la saison en Élite avec des ambitions revues largement à la baisse et des tensions persistantes en coulisses, l’ancien directeur général affirmant avoir été victime de discrimination religieuse.

À peine plus d’un mois après le rachat du club par des repreneurs locaux, l’ex-ailier américain Taqwa Pinero, nommé directeur général de l’Élan béarnais au printemps, jette un pavé dans la mare: dans une interview à L’Équipe, publiée le 31 août, il affirme que certains partenaires du club auraient demandé sa mise à l’écart après qu’il eut évoqué sa foi musulmane sur les réseaux sociaux.

Selon le journal Sud-Ouest, une réunion aurait alors eu lieu entre les propriétaires américains de l’époque, le maire de Pau François Bayrou et le président de l’Élan, David Bonnemason-Carrère.

«J’ai simplement expliqué, comme d’autres, le malaise créé par deux faits, a relativisé M. Bayrou le 2 septembre, interrogé par le quotidien La République des Pyrénées. Le premier est que Taqwa Pinero, que je n’ai jamais rencontré, a avoué dans la presse que la lettre qu’il a présentée comme le premier engagement des Américains était un faux. Le second est que l’on ne mélange pas le sport et la religion.»

David Bonnemason-Carrère, aujourd’hui vice-président du club, assure aussi que Taqwa Pinero «n’a jamais été empêché de pratiquer sa religion» mais qu’il lui a expliqué «qu’en tant que directeur général, ses propos engagent également le club».

Menace de plainte

L’ancien joueur, actuellement en arrêt maladie, va, comme deux autres salariés du club, faire l’objet d’un licenciement pour motif économique, après s’être vu refuser une indemnité de 30.000 euros pour acter son départ du club.

L’avocat parisien Nabil Boudi, mandaté par Taqwa Pinero, a indiqué à l’AFP qu’il allait déposer plainte.

Cette polémique est venue conclure un été agité pour Pau-Orthez, après une saison pourtant réussie sur le plan sportif (victoire en Coupe de France et demi-finale du championnat).

Après avoir évité le dépôt de bilan au printemps 2020 grâce aux aides gouvernementales liées à la crise sanitaire, l’Élan a en effet été relégué administrativement par la DNCCG, le gendarme financier de la LNB (Ligue nationale de basket), au mois de juin.

En cause: un déficit évalué à plus de deux millions d’euros, creusé par CSG (Counterpointe Sports Group). Ce fonds d’investissements américain, sollicité par Taqwa Pinero, avait pris les commandes de l’Élan un an plus tôt, après avoir racheté les actions du club auprès des agglomérations de Pau et de Lacq-Orthez.

Le modèle de CSG, essentiellement basé sur la vente de +tokens+, des jetons numériques permettant à chaque acquéreur de devenir actionnaire minoritaire du club, n’a pas pris et le budget, monté à 8,5 millions d’euros (+64% par rapport à la saison 2020-21), n’a pu être assumé.

La décision a été confirmée en appel en juillet et CSG, mis au ban par la municipalité, a revendu ses parts à la société Eat4Good présidée par le Biarrot Sébastien Ménard, désormais nouveau président de la SASP Élan Béarnais.

Dans la foulée, un nouvel appel devant la commission fédérale de la Fédération française permettait au nonuple champion de France d’être repêché en Élite.

Objectif maintien

Mais avec six semaines de retard dans sa préparation et un budget quasiment divisé par deux (4,5 millions d’euros), l’Élan se veut «réaliste» selon Audrey Sauret, nouvelle directrice générale du club.

«On ne propose pas de miracle, on ne dépensera pas l’argent qu’on n’a pas. Le maintien est l’objectif primordial», explique l’ancienne ailière internationale (202 sélections).

Pour espérer l’atteindre, l’entraîneur Éric Bartecheky, qui débute sa quatrième saison au club après avoir été prolongé jusqu’en 2025, pourra s’appuyer sur un carré de fidèles rescapés de la saison passée, Giovan Oniangue, Vitalis Chikoko, Gérald Ayayi et Landing Sané.

Ils ont été rejoints ces dernières semaines par les Américains Michael Stockton (fils de la légende NBA John Stockton), Garrett Sim et Markeith Cummings, ainsi que deux néo-pros, Fabio Milanese et Enzo Shahrvin. Faute de ressources suffisantes, l’entraîneur débutera la saison sans l’ailier étranger qui est censé compléter l’effectif.