Le milieu de terrain des Bleus, à l’image de ses partenaires, a régné en maître face à l’Allemagne.

Envoyé spécial à Munich

Didier Deschamps n’a pas boudé son plaisir en s’offrant une grande étreinte, dans les bras de son héros du soir et devant un virage français en liesse. Le sélectionneur des Bleus adore Paul Pogba. Et encore plus quand il sort un match aussi gigantesque que celui de mardi soir. Si les Bleus ont offert une vraie démonstration de force sur la pelouse de l’Allianz Arena, «la Pioche» en est l’un des symboles, avec une copie proche de la perfection. Immense. Magistrale. Qu’il faudra bien entendu confirmer par la suite et dès samedi (15h) face à la Hongrie, puis le 23 juin contre le Portugal.

Mais lors du premier acte, le champion du monde a touché au sublime face à des Allemands incapables de résoudre le problème posé. Comme subjugués et impuissants face à autant d’aisance et de facilité, mais aussi d’agressivité et de volume de jeu. Il faut dire que depuis des semaines, on rabâche sans cesse aux hommes de Joachim Löw de surveiller le trio Mbappé, Benzema, Griezmann, tout en leur ordonnant de garder un œil sur Kanté, au cas où. Moment tout trouvé pour le Mancunien de 28 ans de sortir de sa boîte mardi soir à Munich. Et de quelle manière ! Lors d’une première période qu’il a traversée comme saisi par la grâce. Dans un mélange de jeu soyeux, le plus souvent en un minimum de touche de balle pour un maximum de réussite à l’image de sa passe lumineuse vers Lucas Hernandez pour l’ouverture du score (1-0, 20e).

Mordant… et mordu

Ajoutez à cela une activité sans faille dans le don de soi et l’abnégation, entre fraîcheur et omniprésence. Tel un symbole d’une équipe de France rayonnante sur la pelouse de l’Allianz Arena. On dit souvent que les grands matches sont pour les grands joueurs, du haut de ses 81 sélections avec le maillot bleu, Paul Pogba est de ceux-là. Tout en haut. À tel point que Rüdiger, qui avait promis de «jouer sale» pour rosser les Bleus, a tenu parole puisqu’il en est même venu à … mordre le Français juste avant la pause. Sans réaction ni sanction du corps arbitral et malgré les réclamations du milieu de terrain des champions du monde, surpris par le geste d’un homme qu’il connaît bien pour l’affronter en Angleterre lors des Chelsea-Manchester United. Une fois la pression retombée, les deux hommes ont d’ailleurs évoqué le sujet pendant quelques secondes au cours du deuxième acte, entre sourire et chambrage.

S’il fut moins en vue en seconde période avec le ballon, encore que, l’inverse fut vrai dans le fameux travail invisible et les taches obscures. Avec sa démarche chaloupée, il n’a cessé de briser, harceler, oppresser ses adversaires directs, parfaitement au diapason de champions du monde au rendez-vous pour leur entrée en lice dans l’Euro. Le trio formé dans l’entrejeu avec Kanté et Rabiot – également incisifs et saignants – n’a fait que dégoûter le bloc de la Manchsaft pendant quatre-vingt-dix minutes.

Dans un match d’une énorme intensité, digne des soirées mythiques, il en a même gardé sous la semelle en fin de rencontre pour rendre fou le public de l’Allianz Arena après une série de passements de jambes devant Kimmich (79e). Monstrueux. De bout en bout. Avec un Paul Pogba de ce niveau, à l’image de sa magistrale Coupe du monde en 2018, les Bleus savent compter sur un cadre jamais aussi fort lorsqu’il enfile le maillot frappé du coq. Vivement la suite.