Le légendaire entraîneur est décédé à 91 ans. Il aura, dans son académie californienne, formé une kyrielle de champions et profondément changé la façon d’enseigner le tennis.

Sa fille avait, sur les réseaux sociaux, annoncé le 20 novembvre qu’il allait s’en aller. Un message qui a vite bouleversé la planète tennis. Nick Bollettieri, svelte, éternelles lunettes de soleil posées sur visage souriant toujours bronzé a, cinquante ans durant, arpenté et animé la vie du tennis, contribué au développement et au rayonnement du jeu. L’Américain s’est inscrit comme l’une des figures les plus influentes du tennis moderne. En 2008, le Wall Street Journal avait baptisé ce self-made-man : « le coach le plus prolifique de l’histoire du tennis. » En 2014, le New York Times affichait : « L’âge de Nick Bollettieri : 82 ans. Sa vision des talents du tennis : 20/20. »

« Clive Davis est à la musique ce que Nick Bollettieri est au tennis. Clive a l’oreille pour le talent, qu’il s’agisse d’Aretha Franklin, de Steve Wonder ou de Mariah Carey. Nick a fait plus de joueurs de tennis que quiconque. C’est difficile de résumer Nick. C’est un grand motivateur. Il sait comment pousser vos boutons, pour vous faire faire ce que vous devez faire. Il a créé une industrie. Imaginez, avoir le talent qui vient à vous, plutôt que l’inverse », soulignait il y a quelques années, à Espn, Jim Courier, l’un de ses nombreux élèves.

Nick Bollettieri est né à Pelham, dans l’État de New-York, à quelques foulées du centre de tennis. Mais le coup de foudre aura lieu plus tard, lui qui aimait le foot US au poste de quaterback. Diplômé de philosophie de Mobile, en Alabama, il a intégré l’équipe de tennis de la faculté après avoir croisé le tennis par accident lors de sa première année de lycée grâce à un oncle par alliance qui lui proposa d’échanger quelques balles. Après son service dans une unité de parachutistes de l’armée américaine, il enseigne à la faculté de droit de Miami avant de bifurquer définitivement vers le tennis. « Pour gagner quelques dollars, il commence à enseigner le tennis sur les courts de North Miami Beach pour 1,50 dollar la leçon d’une demi-heure », indique l’International hall of fame.

Son premier camp se pose dans le Wisconsin, à la Wayland Académie. Il devient ensuite le directeur du tennis d’un hôtel à Porto Rico. Puis en 1978, porté par une vision, il installe son académie, future usine à champions, à Bradenton, en Floride. « Lorsque Nick Bollettieri est arrivé sur la côte ouest de la Floride il y a plus de 35 ans, il a apporté avec lui un tas de bravades, une énergie débordante et des rêves en herbe », rappelle le Herald Tribune. « Il transforme 40 acres de champs de tomates en un épicentre du sport et de la performance connu dans le monde entier », comme le résume Espn. Sa biographie aura, en 2014, pour titre : « changer le jeu ».

Nick Bollettieri a révolutionné la façon d’entraîner avec un jeu agressif, poussé par des coups droits amples, violents, dévastateurs décochés depuis la ligne de fond de court. Sa méthode repose sur l’émulation née d’un groupe. Le premier de ses élèves qui fera carrière se nomme Brian Gottfried. Parmi les premiers aspirants suivant figurent Jimmy Arias, Aaaron Krickstein. Avant que de jeunes prodiges crèvent l’écran : Boris Becker, Monica Seles, Jennifer Capriati, Anna Kournikova, Martia Hingis, Andre Agassi, Jim Courier, Marcelo Rios, Maria Sharapova (arrivée à 9 ans à l’Académie), Martina Hingis ou Jelena Jankovic. Tommy Haas et Kei Nishikori ont également fait partie des pensionnaires. Et l’académie a vu défiler des stagiaires prestigieux (Pete Sampras ou Michael Chang). Du côté des joueurs français, au fil des ans, Nick Bollettieri aura vu passer Yannick Noah, Mary Pierce, Tatiana Golovin ou Paul-Henri Mathieu.

L’académie, en Floride lancée avec une trentaine de jeunes joueurs a vite été prise d’assaut, a sorti de nombreux champions et dix numéros 1 mondiaux, s’érigeant comme une référence encore copiée aujourd’hui.

IMG a racheté l’académie en 1987 (le campus étendu comprend des terrains de football, de golf, de baseball) mais Nick Bollettieri ne s’est jamais éloigné. Pour l’image. Il est resté branché tennis. Au plus près des jeunes pousses, à l’affût des nouveautés. Sur les courts, comme en coulisses.

Fidèle à une méthode éprouvée. Mélange de travail (ses détracteurs lui reprochaient sa sévérité, ses méthodes militaires extrêmes), d’abnégation et de détermination. Au service d’une ambition. « Je crois que les entraîneurs essaient en quelque sorte de mouler les joueurs dans ce qu’ils veulent qu’ils soient. Ça ne peut pas se passer comme ça. Il faut faire quelques ajustements, il faut travailler avec eux, leur talent, leur personnalité. » Pour faire partie d’une équipe, comme celle partagée avec Venus et Serena Williams. « Il obtient des résultats », avait l’habitude de résumer Richard Williams au sujet de Bollettieri. En 1980, Sports Illustrated titrait : « Il fera de votre enfant un champion, mais ce ne sera pas très amusant. »

Habile communicant, doté du sens du contact et de la formule (« Un bon mental, c’est à 80 % un bon physique »), businessman bien entouré, Nick Bollettieri, fils d’immigrés italiens, a su faire fructifier sa folle success story. Celle d’un homme qui avait l’art de saisir le potentiel pour de polir un joyau et nourrir un projet, qui savait faire croire que rien n’était impossible. Bollettieri avait l’art de faire pousser des ailes. La réussite de son académie a été une source d’inspiration pour Patrick Mouratoglou, Justine Henin, Rafael Nadal, Sergi Bruguera, Juan Carlos Ferrero, le Spartak à Moscou…

Modèle adulé ou critiqué, Nick Bollettieri qui aimait se surnommer le « Michel-Ange du tennis » a été introduit au Hall of fame en 2014. Il avait un jour résumé dans une interview : « Le secret de ma réussite est de dire merci aux critiques et de faire ce que ma grand-mère et mon père m’ont dit : laisser les résultats parler d’eux-mêmes et ne jamais discuter avec un critique. J’ai eu tellement de critiques qu’ils auraient pu couler un navire de guerre… »